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Le 29 juillet 1970, le chef d’orchestre
Sir John Barbirolli disparaissait! À l’occasion
des quarante ans de sa mort, il est important de se souvenir
d’une des grandes baguettes britanniques du 20e siècle.
Il a travallé avec les plus grands orchestres et collaboré
avec les solistes les plus réputés. Il était
l'ami de nombreux compositeurs, dont Ralph Vaughan Williams
qui l'appela "Glorious John."
Né en 1899 à Londres, Giovanni
Barbirolli était d’origine française par
sa mère et italienne par son père. La musique
était au cœur de la famille : le père et
le grand-père de Sir John avaient été
membres de l’orchestre de la Scala et avaient joué
lors de la création d''Otello'!
Dès son plus jeune âge, le garçon
fréquente les concerts et commence l’étude
du violon, puis du violoncelle. Les débuts sont brillants
et le futur chef gravit les échelons: bourses, prix,
concerts. Il est remarqué par Henry Wood qui l’engage
dans son 'Queen’s Hall Orchestra'. En 1917, il donne
son premier récital en solo et s’engage dans
l’armée où il a l’occasion de diriger,
pour la première fois. Sa carrière continue
son ascension: L'artiste donne même, en soliste, la
deuxième exécution du concerto pour violoncelle
d’Elgar avec l’orchestre de Bournemouth. Mais
Barbirolli est depuis toujours attiré par la carrière
de chef: il fonde (en 1924) le 'Barbirolli Chamber Orchestra'
et est nommé chef de la 'British National Opera Company'
(1926). Il remplace Thomas Beecham à la tête
du LSO (1927) et devient le plus jeune chef à diriger
la 'Royal Philharmonic Society' (1929). Suite au concert de
1927 avec le LSO dans la redoutable symphonie n°2 d’Elgar,
le chef signe un contrat d’enregistrement avec EMI.
Au programme de ce premier disque : l’Introduction et
Allegro d’Elgar. Le succès le poursuit et le
chef est engagé au Hallé Orchestra de Manchester
et à l’Opéra d’Ecosse. Mais le tournant
de sa carrière va se passer aux USA au milieu des années
1930.
En 1936, le Philharmonique de New York recherche
un chef d’orchestre! Toscanini a quitté la formation
pour prendre la tête du 'NBC Symphony Orchestra' dévolu
aux programmes radios; Furtwängler, alors contacté,
a refusé de quitter Berlin. L’orchestre choisit
une direction multi-céphale et invite Sir John Barbirolli
à diriger une série de concerts. Le succès
est tel que l’orchestre lui demande de devenir chef
permanent et dès la saison 1937-1938, l’artiste
est aux commandes de la phalange. Les programmes offrent une
large part de musique contemporaine et le chef donne les premières
mondiales d’œuvres majeures, comme la 'Sinfonia
da Requiem' de Britten. Pourtant, les relations avec la presse
sont tumultueuses. Le chef est souvent attaqué et comparé
à Toscanini (ce qui ne joue pas en sa faveur). À
la fin de la saison 1942, il quitte son poste. Le 'Los Angeles
Philharmonic' lui propose de devenir son chef principal, mais
Barbirolli préfère rentrer dans sa chère
Grande-Bretagne!
De retour en Angleterre, il se lie avec le'
Hallé Orchestra' de Manchester. C’est le début
d’un mandat de vint-sept ans qui durera jusqu’à
la mort du chef. C’est aussi, comme Karajan-Berlin,
Bernstein-New York ou Mravinski-Leningrad, l’un des
grands tandems de l’histoire du disque avec des centaines
de galettes éditées pour EMI, le label auquel
le chef voue une belle fidélité. Cet attachement
à l’orchestre de Manchester ne l’empêche
pas de mener une carrière de chef invité à
travers la Grande-Bretagne (LSO, Philharmonia, BBC Symphony
Orchestra) et à travers le monde (Berlin Philharmoniker
qu’il conduit régulièrement à partir
de 1961). En 1960, il reprend goût aux voyages transatlantiques
et accepte de succéder à Leopold Stokowski à
la tête du Houston Symphony Orchestra. Jusqu’en
1967, le chef se rend au Texas, à raison de douze semaines
annuelles. Barbirolli accorde aussi du temps à une
de ses passions: l’opéra. Il dirige à
Covent-Garden, mais aussi à l'Opéra d'Etat de
Vienne et à l’Opéra de Rome. Mais fatigué
par un corps qu’il n’a pas ménagé,
Barbirolli s’éteint presque au pupitre alors
qu’il allait entrer en répétition, avec
le Philharmonia, en vue d’une tournée au japon.
Le répertoire du chef était
des plus vastes, même si l’on associe son nom
essentiellement aux œuvres anglaises, à Mahler
ou Sibelius. Avec le Hallé Orchestra, Barbirolli a
enregistré une vaste palette de compositeurs compris
entre Corelli et Stravinsky !
Ses interprétations des classiques
et surtout de Schubert lui ont valu une grande réputation
auprès de ses contemporains.
L’artiste a toujours soutenu la création,
essentiellement les partitions de ses compatriotes. De nombreux
compositeurs lui en ont été reconnaissants:
Ainsi Vaughan-Williams lui a dédié ses symphonies
n°7 et n°8. Curieusement, l’image qui nous reste
de Barbirolli est celle d’un chef intuitif capable de
souffles incroyables en concert mais peu porté sur
la précision ! Certains témoignages de concerts
(édités chez BBC Legend) donnent une idée
des imprécisions et d’un certain relâché
orchestral! Pourtant, de son vivant, Barbirolli était
plutôt apprécié par ses pairs pour son
soin et l’attention portée à la préparation
des oeuvres. Ainsi, pour sa première exécution
de la symphonie n°9 de Mahler, le chef a exigé
plus de cinquante heures de répétition, alors
qu’il avait entamé près de deux ans auparavant
un travail sur l’analyse de la partition et la préparation
des matériels! Un chef comme Adrian Boult respectait
et admirait cette méticulosité!
Lors de ses premières années
comme chef, Barbirolli fut cantonné à l’accompagnement
de concertos. Tous les plus grands solistes de l’époque:
Schnabel, Cortot, Rubinstein, Heifetz ont gravé des
sessions majeures sous sa conduite pour HMV. Pourtant, ces
collaborations occultèrent ses talents de chef symphonique
et ce point lui fut reproché lors de ses années
new-yorkaises, si bien que le chef devint très tatillon
sur le sujet et n’accepta que tardivement d’accompagner,
à nouveau, des solistes pour des enregistrements.
Au disque, pour EMI, le chef nous a laissé
des témoignages majeurs des symphonies de Mahler (n°5,
n°6 et n°9), une intégrale oubliée mais
magistrale des symphonies de Sibelius (avec l’un des
plus belles symphonie n°4 de l’ensemble de la discographie),
mais surtout des gravures majeures de pièces d’Elgar,
Britten, Bax, Vaughan Williams. De ses compatriotes, Elgar
est certainement le plus représenté dans sa
discographie. Barbirolli grava à quatre reprises l’Introduction
et Allegro pour cordes alors qu’il laisse des versions
incontournables du Songe de Géronte, des Variations
Enigma et des symphonies. Le chef était aussi à
son aise dans le grand répertoire et il eut la chance
de graver les symphonies de Brahms à Vienne bien qu’il
fut assez déçu des réactions de l’orchestre
à ses interprétations. On lui doit aussi des
très beaux témoignages dans la musique française
(Berlioz, Ravel, Debussy). Le chef a également laissé
des témoignages avec le Hallé Orchestra pour
l’éditeur 'Pye Records'. 'BBC Legend', spécialisé,
dans l’édition de concerts des archives des radios
publiques anglaises nous a offert la publication de bandes
majeures montrant le charisme du chef en concert. On peut
ainsi relever une symphonie n°3 de Mahler et un album
de musique anglaise centrée sur une lecture incandescente
de la 'Sinfonia da Requiem' de Britten.
Dans la fosse, Sir John put laisser des témoignages
d''Otello' et de 'Madama Butterfly'. EMI lui avait proposé
d’enregistrer les 'Maîtres chanteurs de Nuremberg'
à Dresde en 1970, mais choqué par l’attitude
des Soviétiques à Prague en 1968, l’artiste
refusa tout engagement de l’autre côté
du rideau de fer! Les sessions revinrent à Karajan.
EMI avait également planifié un enregistrement
de 'Manon Lescaut' de Puccini que le décès du
chef de permit pas de concrétiser.
Le legs du chef est bien édité
par la filiale anglaise de EMI. Par ailleurs, nombre de ses
disques sont des piliers des collections économiques
du label anglais. De son côté, la société
Barbirolli fondée en 1972, édite de nombreux
témoignages studios ou de concerts du chef.
BZ
La tombe de Sir John au Kensal Green Catholic
Cemetery à Londres
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