-- Editorial 01/2012 --
Quel bonheur!

A ma remarque, que la musique classique est, au-delà de ses bienfaits intrinsèques pour l'homme, et malgré ce qu'elle peut coûter aux Etats, un élément économique non négligeable, un politicien me répondit avec un sérieux déconcertant que la criminalité elle aussi joue un rôle-moteur dans l'économie. Je ne sais pas ce qu'il voulait signifier d'autre, car je m'excusai et lui tournai le dos.

Selon un rapport sur l'impact économique des organisations culturelles subventionnées par l'Etat d'Irlande, ces acteurs culturels ont totalisé un chiffre d'affaires équivalent à plus du double de ce qu'ils ont reçu comme subventions et entretenu 2.600 emplois. Ce chiffre est dix fois plus grand si l'on considère tous les emplois de la vie culturelle, y incluse celle qui n'est pas subventionnée et qui, partiellement, ne saurait exister sans le secteur subventionné. Pas étonnant que face à des coupures de budget, les responsables de la vie culturelle aient lancé un appel au gouvernement pour souligner l'importance du secteur qui, à tort, est souvent considéré comme un segment de société sans rendement. "La culture crée un flux monétaire, elle crée des emplois, elle a un effet touristique et doit donc être considérée comme un élément de renouveau social et économique", a souligné le Ministre de la Culture irlandais, Jimmy Deenihan.

Evidemment, la culture et donc la vie musicale ne sauraient être réduites à des dimensions économiques. La société en profite autrement encore, et c'est là probablement le plus important de ses aspects.

Une autre étude, celle-là menée auprès de 45.000 personnes en Grande-Bretagne par la 'London School of Economics', a montré que parmi les six activités procurant le plus de bonheur aux gens, trois sont d'ordre culturel. Après le plaisir de l'acte sexuel et celui de la pratique sportive, assister à une pièce de théâtre, à un ballet, un opéra ou un concert vient en troisième place sur cette échelle du bonheur, chanter et plus généralement participer activement à une représentation est en quatrième place, la visite d'un musée ou d'une exposition en cinquième et la pratique artistique en sixième place.

Pour obtenir ce résultat, le chercheur britannique George MacKerron a rassemblé trois millions de données auprès des 45.000 personnes ayant participé à son enquête. Ne croyez-pas que toutes ces personnes vont tous les jours à un concert ou assistent régulièrement à une représentation de théâtre. Effectivement, ces activités ne concernent que 7,7% de ces gens. Mais ce qui est important dans les résultats, c'est le fait que les 3.500 participants ayant répondu pendant ou immédiatement après une activité culturelle, ont indiqué avoir été plus contents et heureux qu'avant cette activité. 

MacKerron démontre ainsi par une étude fondée les bienfaits des arts et l'impact d'une activité culturelle sur le bien-être de l'homme, même si le chercheur insiste sur le fait que son enquête mesure uniquement l'effet ponctuel et non pas un état de bonheur à long terme. Mais, ajouterai-je, c'est un bonheur qui peut être constamment renouvelé, à condition toutefois que l'activité soit vraiment enrichissante et non pas révoltante ou, pire, d'un ennui mortel, ce qui, hélas, arrive de temps à autre. Rémy Franck
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