-- Editorial 06/2010 --
Faut savoir s'y prendre…

Voyant se réduire leurs recettes, les gouvernements européens et autres prennent des mesures pour diminuer les dépenses. La culture étant un domaine de prédilection pour faire des économies, il appartient donc plus que jamais à ses acteurs de souligner avec conviction l'importance de leurs institutions et organisations. Mais, attention, il faut surtout, dans pareil cas, parler un langage qui fonctionne, le langage qui correspond à celui des politiques. Point besoin donc de philosopher béatement sur la nécessité et les bienfaits de la culture, d'insister vaguement sur la contribution de la culture à l'intérêt général et sur son évidente utilité sociale. Il faut plutôt emprunter aux discours politiques les slogans pour combattre d'éventuelles tentatives de réductions budgétaires.

Aussi faudra-t-il insister sur la qualité de vie des habitants qui est toujours prioritaire et bien souligner que la vie culturelle s'inscrit dans une démarche au service de la redynamisation sociale. Ouvrir la culture à des publics nouveaux et élargir les créneaux est un argument convaincant à placer absolument dans un contexte de démarches parfaitement maîtrisées et en tous points durables. La durabilité est, en effet, comme 'transport en commun' ou 'écologique' un de ces mots-miracle qui semblent ouvrir toute porte et libérer un maximum de fonds publics.

Transformer un projet banalement culturel en projet éco-citoyen crée de nouvelles chances et facilite la prise de conscience politique.

Evidemment, on ne parlera plus de démocratisation de la culture, ce mot n'étant, à lire les textes, plus à la mode. On parlera plutôt de participation collective, de projets concertés et pluridisciplinaires dans la lutte contre l'exclusion, prouvant par là que les responsables des associations culturelles, dans leurs comportements responsables, subordonnent leurs activités à une large consultation.

Une des méthodes pour assurer le rayonnement culturel est de bien cerner les parties prenantes et d'explorer les pratiques de production collective et de transmission des savoirs, faisant des citoyens un ensemble participatif en plein devenir. Evidemment, toute étude ayant pour objet d'exprimer les potentiels des sites, de croiser les aspirations et les désirs du public ne manquera pas de faire impression.

Et, pour bien ficeler un projet susceptible de bénéficier d'aides publiques, l'Europe est un autre de des termes aptes à souligner le sérieux de la démarche. Il faudra donc insister sur la place de la culture dans la construction européenne, afin de faire émerger, dans sa diversité et jusque dans ses divergences, l'identité culturelle européenne.

Enfin, il ne faut pas manquer de parler du bienfait des manifestations culturelles pour la mobilité du public, des artistes et des professionnels de la culture à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe. Cela amènera tout décideur à reconnaître à la fois le potentiel économique des champs culturels et les bienfaits du dialogue euro-globalisant dans la construction d’un avenir partagé, en application totale de l’Article 151.4 du Traité européen, qui oblige les responsables politiques à prendre en compte la culture dans toutes ses actions, de façon à favoriser le respect interculturel et promouvoir la diversité.

On ne peut donc que recommander aux acteurs culturels et à ceux du monde musical en particulier de bien se définir dans la construction d’une société riche en valeurs de coexistence en soulignant l'importance de leurs interventions sociales et leur multiactivité dans le cadre d'initiatives transversales et intersectorielles, interterritoriales, intergénérationnelles et autres… Rémy Franck

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